Le slow design, à la recherche du temps perdu

Eloge de la lenteur dans un monde à grande vitesse

Le slow-design renvoie au mouvement slow (slow=lent) qui émerge depuis une trentaine d'années, dans tous les domaines (vie, école, nourriture, voyage, ville...) et dont l'objectif est de ralentir l'homme, l'usage des ressources de la Terre, et appliquer une "économie de la nature".

 

 

Pour comprendre, il faut remonter au XIXème siècle alors touché par deux révolutions industrielles qui ont totalement remodelé le monde. Avec la production de masse, la société du XXème a commencé à s'accélérer, provoquant un décalage entre la vitesse économique technologique et le rythme biologique terrestre (être humains compris).

 

-En 1909, parait en France dans le Figaro la traduction italienne du Manifeste du Futurisme de Filipo Tommaso Marinetti. Le Futurisme prône la technologie, la vitesse, le progrès, en accord avec son temps, la destruction du passé pour construire l'avenir. Ses symboles sont: le mouvement, la belle mécanique, la ville.

Le XXIème siècle ira vite.

 

 


La loi de l'anthropie

Plusieurs idées et actions piochées à travers le temps nous expliquent l'ambiguité d'aujourd'hui. On voudrait ralentir, mais dans un monde de consommation.

 

-De 1860 à 1910, ils le pressentaient... Le mouvement anglais Art and Kraft, le contemporain-concurrent de notre Art Nouveau français, parle déjà de cette inquiétude face au progrès, à l'accélération de la société, à la réorganisation sociale, à la perte de valeurs. Quelques intellectuels se sentent concernés, comme John Ruskin, poète, écrivain, et William Morris, créateur, éditeur, fabricant de mobilier et d'objets d'art. Pour eux, l'industrie n'est pas tellement une bonne idée. Leur idée est de faire intervenir l'art partout, surtout dans les éléments du quotidien, et de réhabiliter l'artisanat, l'artisan, le matériau noble travaillé avec amour, la campagne. Morris est le premier à rapprocher les Beaux Arts des Arts Appliqués.

"Le plus grand artiste restait un artisan. L'artisan le plus humble était aussi un artiste".(Morris).

 

-en 1974, dans "The Entropy law and economic process", un économiste et mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen met en évidence l'idée selon laquelle les ressources de la Terre s'épuisent sous les besoins illimités de la croissance technologique et économique, telle qu'elle a été conçue au XIXème siècle. En fait, nous vivons encore à l'économie du XIXème siècle, sans tenir compte du fonctionnement global de l'humanité dans l'environnement limité de la planète.

Pour corriger le tir, avant d'être dans l'impasse, il faudrait repenser tout notre processus économique!

 

-En 1986, le premier Mc Donald's ouvre à Rome: en guise d'opposition, Carlo Petrini crée l'association Slow Food pour remettre à l'honneur la cuisine italienne, les produits sains et locaux. Je crois que c'est la première apparition de l'expression "slow", qui va ensuite s'étendre à tous les domaines de la vie comme un sursaut de défense de valeurs perdues.

 

-1999: Geir Bethelsem, physicien, crée l'Institut Mondial de la Lenteur.

 

-En 2004, le journaliste canadien Carl Honoré explique dans Eloge de la Lenteur, que "beaucoup de gens ralentissent leur rythme. En travaillant moins longtemps ou en prenant le temps de cuisiner sans avoir le temps de participer à une croisade mondiale. Pourtant, chaque petit acte de décélération est un pierre de plus à l'édifice."

 

Manuel de rectification du tir pour les créateurs du XXIè siècle... Et le Slow apparut dans le monde du design

En 2004, année charnière apparemment, Alastair Fuad Luke propose une nouvelle approche du design, une sorte de guide destiné aux designers. Ce "designer", qui a longtemps été l'allié de l'industrie, de la conception en masse d'objet, il faut lui ouvrir les yeux !

Ne serait-ce pas l'opportunité pour  prendre un "virage civilisationnel" ambitieux?

 

"Le slow design n'est pourtant pas une économie. Il ne propose pas un futur alternatif, mais un contrepoids nécessaire à la vitesse qui caractérise nos sociétés. La lenteur n'ayant de sens que par rapport à la vitesse et vice-versa, la "slow life" ne saurait se substituer complètement au rythme du progrès. Le slow Design demande simplement à coexister apparemment avec les formes de vie actuelles, car nous avons besoin d'îles de lenteur dans un océan de vitesse". Ezio Manzini, sociologue du design

La charte du slow design

Pour changer le monde, le designer doit s'imaginer au delà de sa propre perpétuation. Il y a une urgence environnementale et sociale à laquelle il doit prendre part. Tous les acteurs possibles de la création peuvent lutter contre le consumérisme, du moment que le bons sens et l'éthique son mis en avant.

 

3 axes:

- arrêter la production de masse et les comportements consuméristes. Revenir aux sources de l'objet: simple - efficace - fonctionnel

-combattre pour préserver l'environnement: développement durable, matières premières minimales, réversibilité, matériaux upcyclés, recyclés, récupérés, faire du neuf avec du vieux...

-valoriser l'humain et l'artisanat: (pas la peine de réinventer le fil à couper le beurre...) processus de fabrication non polluant, création unique ou en petite série, pas d'objets standards, respect du travailleur, de l'objet, de son histoire, du patrimoine affectif.

 

Bien entendu, ces meubles sont pus chers que des meubles jetables car ils sont mieux produits, plus solides et davantage rentabilisés par la transmission de génération en génération. Donc finalement moins chers. 

 

 

Et vous, comment contribuez vous à ralentir le temps? Arrivez vous à faire avec ce que vous avez ? Arrivez vous à "déconsommer" ? 

 

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